Union Locale CGT DUNKERQUE

La résistance est toujours d’actualité !

mardi 22 juin 2010 par WebMaster

Il est bon de savoir d’où l’on vient.

Il est important de savoir où l’on va.

La retraite à 60 ans, tout comme l’ensemble du dispositif de Sécurité Sociale est un héritage de la seconde guerre mondiale. En cette période où une partie du patronat prônait « plutôt Hitler que le front populaire », résister pouvait rapidement coûter la vie, pour soi comme pour les siens. Guy MOQUET en fut un exemple lui qui, du haut de ses seize ans, appela les générations futures à être dignes des sacrifices des hommes et des femmes qui militaient contre l’occupant pour des lendemains meilleurs.

Une poignée d’hommes - dont des syndicalistes de la CGT et de la CFTC - syndicats interdits par le gouvernement Pétain - participèrent ainsi au Conseil National de la Résistance que présidait encore Jean MOULIN avant son arrestation. Cette poignée d’hommes ont dessiné, dans la plus grande des clandestinités, le paysage social que nous connaissons depuis. Le Programme du CNR dont ils sont les inspirateurs quasi inconnus, a servi de base à l’élaboration de notre Constitution ainsi qu’à une formidable avancée de la législation sociale française, dont nous sommes aujourd’hui encore les héritiers. Voici quelques extraits de ce programme …

- Retour à la nation des grands moyens de production, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurance, des grandes banques.

- Droit au travail et au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail.

- Sécurité de l’emploi, réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement.

- Rajustement important des salaires et garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie humaine.

- Reconstitution dans ses libertés traditionnelles d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale.

- Mise en place d’un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec la gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat.

- Une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours.

- La possibilité effective pour tous les enfants de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une véritable élite, non de naissance mais de mérite.

Ces textes fondateurs furent, durant les décennies suivantes et notamment grace aux luttes de nos anciens, l’objet d’améliorations réelles pour les travailleurs et leur famille... Nous en bénéficions !

...depuis plus de 20 ans et particulièrement aujourd’hui, il en est d’autres qui détruisent méthodiquement ces acquis, qui s’attaquent à cet héritage social :

- Organisation volontaire du chômage et démantèlement progressif de l’assurance-chômage.

- Politique systématique de privatisation, démantèlement des services publics, ouverture à la concurrence.

- Destruction programmée du statut de la fonction publique.

- Annualisation du temps de travail, « flexibilité », promotion de la précarité.

- Réduction du coût du travail et des cotisations sociales, recours massifs aux délocalisations.

- Organisation de l’autonomie des différents niveaux de négociation au détriment du collectif.

- Limitation du droit de grève, criminalisation des syndicalistes.

- Affaiblissement constant du système de Sécurité Sociale et de sa retraite par répartition, création de formules individuelles et privées d’épargne salariale, fonds de pension, développement des stock-options.

- Suppressions de postes d’enseignants, l’école au service des entreprises.

- Baisse des crédits de la recherche publique et alignement sur la recherche privée. etc...etc...

Au nom de la « Réforme » inspirée ou dictée par le Medef, les gouvernements rivalisent de projets allant tous dans le même sens, vers une société où l’argent roi laisse très peu de place au social !

A cette lecture, vous pourriez vous dire que ce ne sont là que paroles de syndicalistes CGT, de ringards qui ne savent plus quoi inventer pour justifier de leur stratégie de contestation. Vous pourriez estimer que nos propos ne sont que pâles caricatures, tant il est vrai que personne ne parle jamais du CNR, ni de son programme et encore moins de ses acquis. En cette période où chaque chaine de télé diffuse son propre reportage sur l’histoire des années 40 et sur le Général De Gaulle, ça se saurait tout de même ! Alors, une vue de l’esprit ?

Non, rien de ce que nous vous livrons là n’est exagéré, tout est pure vérité. Vous en doutez encore ? Peut-être que l’éminent idéologue en chef du MEDEF apôtre du projet de “refondation sociale parviendra-t-il à vous convaincre … Nous vous publions ci-après un article de sa plume, paru dans le journal Challenge fin 2007…

Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Par Denis Kessler

Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance !

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’« historiques » - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité Sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires (…)

Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti Socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est un problème qu’en psychanalyse.

En quelques phrases, cet ex-vice-président exécutif du MEDEF, actuel administrateur de BNP Paribas, Dexia, Bolloré, Dassault Aviation et INVESCO… dévoile ce qu’en coulisses le grand patronat et le gouvernement de Sarkozy rêvent de nous imposer, c’est-à-dire un changement radical de notre société ! Dans ce contexte, la crise financière, la démographie, l’espérance de vie, les déficits, l’insécurité, etc. etc. ne sont que des arguments dont ces nantis nous ressassent la tête pour mieux nous anesthésier… et mieux parvenir à leur fin !

Bien que l’histoire sociale de notre pays ne soit pas enseigné comme elle devrait l’être, elle est bien là pour nous apprendre que, si rien n’est jamais acquis, tout peut-être conquis... Nos anciens nous l’ont prouvé, de plus à une époque où l’argent ne coulait pas à flot dans les banques comme actuellement malgré la crise !

Devant cette attaque sans précédent contre notre modèle de société, dont la remise en cause de notre retraite à 60 ans n’est qu’une étape, à nous toutes et tous d’entrer en résistance contre l’intolérable arrogance de ces nantis et leur programme. A nous désormais de lutter !


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