Dunkerque, le 31 mars 2026
à
Julien GOKEL Député du Nord – 13ème Circonscription
Paul CHRISTOPHE Député du Nord – 14ème circonscription
Lettre ouverte : Pas touche au 1er mai !
Messieurs les Députés,
Après nous avoir volé deux ans de vie avec la retraite à 64 ans et essayé de nous supprimer deux jours fériés, les représentants patronaux veulent aller encore plus loin.
Avec le soutien de certains parlementaires, du gouvernement et de l’extrême droite, une proposition de loi sera débattue le 10 avril à l’Assemblée pour s’attaquer au 1er mai !
La proposition de loi issue du Sénat intitulée « Permettre aux salariés de certains secteurs de travailler le 1er mai », présentée le jeudi 22 janvier dernier à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une niche parlementaire, n’a pas été soumise au vote et n’a heureusement pas été adoptée. Par obstination, elle va être représentée à l’Assemblée nationale le vendredi 10 avril.
La CGT, avec l’ensemble des organisations syndicales, avait dénoncé ce texte dont l’objet n’était rien de moins que la remise en cause du 1er mai seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré, et symbolique pour les travailleurs·euses en France comme à l’international.
Soi-disant au nom de la boulangerie et du fleuriste du coin, leur projet c’est d’obliger les salarié·es à travailler et faire un cadeau aux chaînes des grands groupes en sortie d’agglomérations, au détriment des commerces indépendants de proximité de centre-ville ou de village.
Certains secteurs sont déjà amenés à devoir travailler parce qu’ils ne peuvent pas s’arrêter même une journée : hôpitaux, énergie, ambulances…
Les artisans commerçants ont quant à eux le droit d’ouvrir leur boutique le 1er mai, à la seule condition de ne pas faire travailler les salarié·es ce jour-là.
La loi Intermarché-Interflora ne serait dans l’intérêt ni des salariés ni des petits commerces.
Si demain, des commerces peuvent nous faire travailler le 1er mai, à qui cela profitera le plus ? Le boulanger de centre-ville et ses deux salarié·es, ou la direction des Carrefour, Auchan à la sortie de la ville ? Non seulement les petits commerces indépendants de proximité n’ont pas besoin de cette loi, mais elle va se retourner contre eux.
L’argument avancé « d’insécurité juridique » pour les petits commerces est un prétexte, au vu du nombre de sanctions dérisoires prononcées (en 2025 seule une poignée d’entreprises sur 35 000 ont été sanctionnées, et les sanctions même pas appliquées).
En vérité, l’intention n’est pas de sécuriser mais bien d’étendre la dérogation et de remettre en cause l’exceptionnalité qu’est le 1er mai.
Cette loi prévoit d’étendre les dérogations :
- aux établissements de l’artisanat alimentaire (boulangeries, boucheries, traiteurs, etc.)
- aux commerces de vente alimentaire au détail (primeurs mais aussi supermarchés)
- aux établissements qui vendent « notamment » des fleurs (animaleries et autres gros commerces…)
- aux établissements culturels (cinémas, musées, commerces culturels, lieux de spectacles…)
La vendeuse chez le fleuriste, à la boulangerie, à la boucherie… beaucoup de salariés concernés sont des salariées. Dites-leur qu’elles sont déjà payées le 1er mai. Demandez-leur si elles aimeraient, en plus, venir travailler.
On sait qu’une fois qu’un principe saute, la dérogation s’étend progressivement. C’est une première brèche vers la suppression du droit au repos rémunéré du 1er mai : un jour de congé volé !
-
Non, ça ne serait pas « payé double » : On est déjà payés le 1ermai, sans aller au travail. C’est un jour férié pas comme les autres. Si on était obligés de travailler un jour de plus, alors c’est normal d’être payé un jour de plus ! Encore heureux ! Cet argument est une énorme arnaque.
-
Non, on n’aura pas le « choix » : Le contrat de travail c’est par définition « la subordination » des salarié·es à la direction. L’entreprise est l’endroit où il y a le moins de démocratie. Faire croire qu’on peut avoir le « choix » alors qu’on connaît le chantage à l’embauche et à l’emploi, c’est une illusion !
Nous, nous le savons, et tous ceux qui disent le contraire dans ce débat ne connaissent ni le droit, ni la réalité du travail. Comme pour le dimanche, on peut se retrouver obligés de travailler, avec une contrepartie de plus en plus réduite jusqu’à être supprimée lorsque le travail se généralise…
Cette proposition de loi a été défendue sous couvert d’une prétendue insécurité juridique, alors même que les sanctions prononcées chaque année sont quasiment inexistantes.
C’est bien une volonté d’étendre la dérogation à de nombreux secteurs professionnels que poursuivait cette proposition de loi, aux dépens des salarié·es mais aussi des petits commerces indépendants de proximité qui pouvaient jusqu’ici déjà ouvrir ce jour-ci sans subir la concurrence des grandes entreprises.
L’histoire sociale nous montre qu’à chaque fois qu’un principe est entamé, les dérogations s’étendent progressivement jusqu’à devenir la règle. Le travail du dimanche en est une illustration éclairante : une fois le travail généralisé ce jour-là, les majorations n’ont plus lieu d’être.
Quant au « volontariat », ajouté pour rassurer, il n’existe pas réellement du fait du lien de subordination inhérent au contrat de travail, d’autant plus dans les petites entreprises. Comme pour le dimanche, les employeurs obligeront les salarié·es à travailler le 1er mai sous peine de licenciement, ou de non-recrutement pour les nouvelles et nouveaux salarié·es.
Par ailleurs, le 1er mai n’est pas un jour férié comme les autres. Il commémore les luttes pour les droits des travailleuses et travailleurs, marquées notamment par des événements tragiques, comme la fusillade de Fourmies le 1er mai 1891.
Remettre en cause le principe de cette journée, c’est remettre en cause plus d’un siècle d’histoire sociale et de conquêtes collectives.
Les travailleurs et les travailleuses attendent des député·es qu’ils et elles répondent aux urgences sociales : salaires, emploi, morts et accidents du travail, pas qu’il remette en cause les conquêtes sociales !
L’Union Locale CGT de Dunkerque et Environs, vous appellent donc solennellement à vous opposer à toute tentative de remise en cause du 1er mai et à le réaffirmer en rejetant la proposition de loi présentée le 10 avril 2026.
Recevez, Messieurs les Députés, l’expression de nos salutations respectueuses.
Christelle VEIGNIE
Secrétaire Générale

